Terri(s)toires : Chambre avec vue sur champ

Accueillir, échanger, partager. Avec le réseau Accueil Paysan Bretagne, agriculteurs et acteurs du monde rural deviennent ambassadeurs de leur territoire et proposent un autre tourisme. Un tourisme réaliste, humaniste et respectueux de l’environnement, comme celui qui se pratique depuis le gîte de la Hulotte.

À Brocéliande, une chouette invite à la halte… Béatrice et Gérard Jarno, la cinquantaine, ont ouvert le gîte de la Hulotte, à Saint-Malon-sur-Mel (35), en juillet 2005. Au cœur de la mythique et mystique forêt bretonne, le couple a entièrement retapé un ancien corps de ferme pour y faire un gîte équestre et des chambres d’hôtes. Un chantier ambitieux de 13 mois, et une reconversion originale pour cet ex-employé de Lafarge (matériaux de construction), issu d’une lignée de bûcherons du Centre-Morbihan et d'une ancienne ébéniste parisienne. Membres du réseau Accueil Paysan Bretagne, ils incarnent les valeurs de ce label touristique atypique.

"Accueil Paysan est une fédération nationale d’associations qui regroupent des paysans et des acteurs du monde rural qui souhaitent accueillir des touristes. Fondée en 1987, elle possède des équivalents aux quatre coins du monde", détaille Marie-Louise Ollivier, coprésidente d’Accueil Paysan Bretagne et agricultrice bio depuis 20 ans à Plouescat, dans le Finistère nord. "L’offre s’adresse à des personnes qui ont vraiment la démarche d’aller dans des exploitations pour savoir comme ça s’y passe. Les adhérents doivent suivre une charte, et le respect de l’environnement en est l’un des points clés."

Écohabitat convivial

Chouette, la Hulotte est écolo : chaudière à bois déchiqueté et chauffage au sol, 30 m² de panneaux solaires hydrauliques, isolation en chanvre et récupération de l’eau de pluie, rien n’a été laissé au hasard. "Pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire, notre facture annuelle est de 1 000 €. Pour beaucoup de nos confrères, cela représente le coût mensuel !", se félicite Gérard Jarno. "Cela nous a demandé deux ans de préparation, pendant lesquels on a couru les marchés bio pour se renseigner sur les matériaux et les énergies renouvelables", témoigne Béatrice, "et d’ailleurs, certains viennent passer un week-end ici uniquement pour en savoir plus !".

À l’intérieur, on s’y sent comme à la maison : salle à manger avec table en bois pour grandes familles, cuisine ouverte, salon douillet avec un four à pain (en réhabilitation), chambres simples et lumineuses... Mais la chaleur de l’accueil tient avant tout aux efforts des hôtes. "Le contact est primordial. Notre priorité est que nos visiteurs soient satisfaits, et si ils viennent en milieu rural, c’est aussi pour rencontrer des gens du cru. Au début, nous ne voulions pas proposer de repas, mais en échangeant avec des clients et d’autres hébergeurs, nous avons réalisé que les repas sont des moments d’échange très riches."

Ambassadeurs des produits paysans

Gérard et Béatrice ne sont pas agriculteurs eux-mêmes, mais ils sont en étroite relation avec leurs voisins. "Nous "accueillons au pays" et mettons en valeur le produit paysan : nous le cuisinons, nous envoyons nos clients à la laiterie ou acheter du cidre et des légumes bio à côté d’ici…" Certains de ces acteurs sont d’ailleurs aussi membres du réseau. "Nous regroupons plusieurs formes d’accueil", explique Marie-Louise Ollivier. "Des hébergements en gîtes, en chambres d’hôtes ou en fermes-auberges, mais aussi un accueil dédié à la vente de produits paysans, en particulier en Ille-et-Vilaine."

Prime aux circuits courts, donc, mais aussi aux produits biologiques… jusqu’à la table de Gérard et Béatrice : "Nous proposons une carte à 90 % bio depuis l’année dernière. Et franchement, on n’a pas vu la différence sur le bilan comptable. Ce n’est pas forcément plus cher !"

Animateurs du monde rural

Gérard Jarno, fils et petit-fils de bûcheron, entretient une relation particulière avec la forêt de Brocéliande. Grand amateur et conteur de légendes arthuriennes, c’est aussi un fin connaisseur de la flore et la faune. En septembre, il passe ainsi de nombreuses soirées à guetter les cerfs durant leur période de brâme, tandis qu’octobre est consacré aux champignons... et il se fait une joie d’initier ses visiteurs à ces plaisirs simples. Membre de l’association Brocéliande richesses associatives (Bras), il souhaite d’ailleurs organiser des randonnées "culturelles", avec des points d’étape pour mettre en perspective le patrimoine local.  Déjà inscrits dans un "circuit vélo famille" en partenariat avec d’autres hébergeurs, Béatrice et Gérard souhaitent développer d’autres activités. Comme par exemple des balades en attelage pour permettre aux personnes en situation de handicap d’accéder aux hauts lieux touristiques de la forêt.

Amoureux de la nature, mais aussi de la culture, les gérants du gîte de la Hulotte accueillent et aident les participants à la biennale artistique Étangs d’art, dont ils attendent la prochaine édition avec impatience. Titulaires d’une licence III (permettant de servir des boissons peu alcoolisées comme la bière), ils organisent aussi des concerts, des spectacles et des scènes ouvertes. L’excentrique Pierrot des roulottes s’est d’ailleurs déjà produit chez eux devant 160 personnes. "Il nous a dit qu’il n’avait jamais fait salle comble comme chez nous !", rigole Gérard.

Tourisme social

"Dès le départ, le but d’Accueil Paysan était de proposer des séjours à des familles aux revenus modestes", souligne Marie-Louise Ollivier. Comme celles qui habitent en ville dans des immeubles HLM et qui n’ont que peu de contacts avec la nature et le monde paysan…

Conscients de cet enjeu, les Jarno proposent des lits à partir de 17 € et jouent le jeu d’un tourisme à visage humain : "on pourrait faire du business, mais ce n’est pas notre intention. Certains groupes préfèrent se préparer leurs repas, d’autres achètent leurs boissons dans les commerces. Cela représente un gros manque à gagner pour nous, mais ce n’est pas grave." Et au contraire, ils aimeraient pouvoir encore tirer leurs tarifs vers le bas. "Nous voudrions acheter le petit bois qui est à côté afin de proposer un hébergement plus simple, en yourtes ou en camping, et permettre à tous de partir en vacances."

Un discours courageux, surtout lorsqu’on sait que l’hiver, Gérard est obligé de faire de petits boulots payés en chèques emploi-service… "C’est sûr, on aimerait mieux vivre de notre activité, elle empiète sur notre vie familiale, nous n’avons pas de week-ends et très peu de vacances… Mais la reconnaissance est ailleurs : on passe de bons moments, on nous offre des cadeaux et plein de nos anciens clients ont acheté des maisons à côté."

 

Pour en savoir plus, visitez le site Internet de la Hulotte : www.la-hulotte.fr
Article tiré du site Terri(s)toires : http://www.terristoires.info/economie/chambre-avec-vue-sur-champs.html